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Family correspondence in the Russian nobility: letters from Georges and Alexandre Meyendorff to their mother (1815-18)

Texts

Authors: Meyendorff brothers.
Title: Letters to their mother, Anna Meyendorff, née Vegesack, and to other persons, etc.
Archival reference number: GARF, f. 573, op. 1, d. 437.
Date: 1810-18.

From the above file we have selected the following five texts or extracts, which are reproduced here with the kind permission of The State Archive of the Russian Federation (Государственный архив Российской Федерации) in Moscow.

Transcription

1. Excerpt from a letter from Alexandre Meyendorff to his mother (7 September 1815)

[fol. 84]

Schlusselbourg, le 7 septembre 1815.

Traduction d’une pièce de vers de Schiller intitulée Les trois mots

Ecoutez les trois mots que je m’en vais vous dire.
Leur sens est important. On les entend sortir
Bien souvent de la bouche, bien rarement du coeur,
Qui ne croit à ces mots, ne connoit le bonheur.

L’homme est libre, il l’est, fut-il né dans les fers!
Car la voix des tyrans ne doit point vous troubler.
De l’homme s’il est libre, craignez peu les travers.
Mais, s’il brise sa chaine, vous n’avez qu’à trembler.

La vertu, croyez-moi, n’est pas une chimère
Et l’homme peut l’exercer, bronchirait-il souvent!
A l’innocent enfant, l’instinct déja fait faire
Ce que même le genie, des genies ne comprend

Oui, un Dieu existe, c'est l’être adorable
Qui plane bien au dessus de l’espace et du tems
Notre plus haute pensée. Il reste immuable
Quand tout dans l’univers se change à l’instant.

Je vous ai dis [sic] ces mots, gardez-les dans le coeur
Envain, la bouche les nomme, seul dans votre interieur
Vous pouvez les sentir. L’homme leur croyant encor
Est toujours intime [?] et quelque soit son sort.

Ceci, ma chère Maman, est ma première traduction, ainsi de l’indulgence et de grace n’en dites rien a personne; si cela a pu vous faire plaisir mon but est atteint, je suis bien content.

2. Excerpt from a letter from Georges Meyendorff to his mother (27 November 1816)

[fol. 74] […] Nous sommes très répendu [sic] dans la grande société de Pétersbourg, et je crois que j'emploierai tout cet hiver à la fréquenter; un bal nous en vaut toujours un autre. Vous savez déja que nous avons été des fêtes données par la C. de Bobrinsky, Mr Bordeau, le Pce Lapoukhin, la C.se Galowin, depuis nous avons encore été chez M.rs Demidoff et chez le P.ce Bazile Dolgorouki; ce soir nous allons  chez Mr. de Laval, et demain chez M.me Gerebzoff fille du P.ce Lapoukhin.[1] Cette vie est faite pour tuer les jeunes danseurs, si elle devoit continuer plusieurs années de suite; pour moi, je suis bien décidé, que si je passe l'hiver prochain à Pétersbourg je ne fréquenterai que 2. ou 3. maisons et que je serai couché à minuit. Des bals je reviens a trois ou 4. heures a present, en partant toujours avant la fin. Vivant ainsi il est impossible de s'occuper beaucoup; heureusement suis-je parvenu à m'arranger de manière a travailler la matinée. […]

3. Letter from Alexandre Meyendorff to his mother (undated, probably 1817[2])

[fol. 30]

Ma chère Maman,

Comme il est dangereux d'écrire par la poste tout ce que l'on voit et ce que l'on pense, j'ai cru devoir profiter du depart d'un voiturier pour vous informer de toutes les inepties que l'on fait ici.

inspection of guardsDeux choses sont en vogue ici l'exercice et la réligion mais vous n'avez pas d'idée comme on abuse de celle-ci, c'est vraiment pire que si l'on en avoit point. Par exemple, on imprime un journal sous le nom de journal de Sion[3] et on le dédie à Jesus-Christ. L'auteur a atteint son but il a reçu la croix de Waladimir. Un fameux auteur Жуковский[4] qui jusqu'a present a été sensé, vient de faire paraitre une piece dans laquelle il dit le trône de l'autocrate est pour nous un autel.[5] Un autre compare notre cher Empereur à David enfin nous verons un beau jour Alexandre Ier se [fol. 30 v.] proclamer Dieu comme Alexandre le Grand. [...]

[fol. 31] Le Grand Duc Nicolas a daigné visiter notre êtat-major, il a les manières imperiales et larges, moins embarassées que ses frères. Il n'a rien dit de remarquable.

Le vieux Pestel qui a fait des horreurs en Sibérie devait quitter sa place, l'Empereur était furieux, mais le comte Arackcheeff digne ami d'un si digne homme l'en a retiré il lui a obtenu la permission de se justifier dans un grand delai, c'est tout dire pour savoir qu'il sortira innocent чуть чуть не свет comme dit Крылов.[6]

[fol. 32] Samedi passé en revenant à la maison je fus étonné de trouver un padarogna[7] pour moi, je croyais que l'on m'envoyait au moins en Sibérie, mais cette fois ci ce n'était qu'a Peterhoff. J'y allais rentrer à tems, j'y levai une place pour camper un regiment et dimanche au soir j'etais deja de retour. [...]

4. Letter from Georges Meyendorff to his mother (28 September 1817)

[fol. 35]

St Petersbourg ce 28.7bre 1817

Ma chere Mere,

Votre lettre du 4. Septembre nous fait le plus grand plaisir. L'idée de vous revoir ici m'étoit inattendue, et m'est d'autant plus agréable. Ne voulant dépenser que 7000. Roub. il est juste que les dépenses d'ici doivent vous effrayer; mais avec de l'economie, même des privations cette somme devra vous suffire pour 6. mois. Je ne crois pas que vous feriez bien de prendre des chevaux avec vous. Vous pouvez faire allez vos bagages en poste; tenir ici quatre chevaux vous couteroit au dela de deux cents roubles par mois, et des désagrements, vous ne comptez certainement pas sortir souvent et alors il vaut mieu prendre des chevaux de louage. Il est bien plus agréable de faire sa cuisine chez soi que de se faire nourrir par un aubergiste, prenez un cuisinier, un domestique et une femme de chambre et alors les gens ne vous reviendront pas a grand chose. Et si vous vous arrangez de cette maniere les dépenses que vous aurez à faire ne doivent pas vous empêcher de venir ici.

[fol. 36] Nous sommes sept oficiers dans le village de Fédorofsky, et nous nous sommes cotisé pour y donner une fête. Tout ce qu'il y avoit de comme il faut parmi les paysans et paysannes a été invité. Trente personnes ont été invités. Le thé servoit de raffraichissement et de souppé. Des pains d'épices, des pommes et des raisins secs, étoient tout ce que nos gastes [sic] connoissoient de plus délicat. Je n'en finirois pas si je vous depeignois toutes les scènes ridicules qui s'y passèrent. Un diatschok[8] qui entonna un air avec toute sa famille; nos domestiques qui se sur/passoient en amabilité; mon Janka même dansa. L'arrivée des villageloises dans nos calèches; leur départ à pied, ayant oté dans le salon leurs bas et leurs souliers; un joueur de cornemuse et une balalaika formoient notre orchestre. Nous jettames de l'argent dans les airs pour faire courir les enfans. Tout le village nous assura que notre fête passeroit à la postérité.

Ce 29. Hier on me montra dans notre bibliothèque un passage d'une lettre d'un voyageur russe insérée dans le Journal de Harkoff, qui fait mention de Pierre, je transcris ce passage ‘Нам везде почти сопутствовал и указывал достопримечательные предметы порутчик нашей Гвардейс. артиллерии Барон М. молодой, умный и любезный [fol. 36 v.] человек. Пользуясь безсрочным отпуском он занимается в Геттингене образованием себя в науках.[9] Notre général protecteur des sciences a lu ce passage avec le plus grand plaisir. […]

5. Letter from Alexandre Meyendorff to his mother (1 December 1818)

[fol. 37]

Ma chère Maman,

Dans ma dernière lettre je Vous promis une longue épitre; la voici. Je vais Vous rendre compte de tout ce que nous avons fait depuis notre retour de Pawlowsky.[10] Des que nous fumes arrivés le Général Sipägin[11] (comme je crois déja vous l'avoir écrit) me présenta pour passer aux gardes. Je ne sais à qui je dois cette faveur du Général le fait est que le Prince Volkonsky ne consentit pas à m'y faire passer et remit la chose, en attendant on m'a placé au corps des gardes près de la Division d'hussards, il était même question de me faire partir pour Walday où se trouve le général Kreutz,[12] avec sa jolie femme et son quartier général. Tout ceci s'est pourtant endormi et me voici simplement près des gardes sans place fixe. Mes occupations reviennent à dessiner le plan de Pawlowsky. Le général Sipägin m'a dit hier qu'il me donnerait quelque chose à traduire pour le fameux Jomini.[13] Je desire bien que Sipägin m'employe, car c'est un homme qui par la suite peut me faire beaucoup de bien. Une chose fort interessante et qui réussira j'espère c'est la société que le Général Sipägin vient de former. Je vais vous expliquer le tout. Sipägin quoique sans fortune est parvenu de faire à ses frais une bibliothèque de 6000 volumes. Le tout étant arangé il a prie l'Empereur de venir la voir. Sa Majesté l'a fait a été fort contente et voici la suite de l'histoire. On a formé une société composée de membres honoraires qui sont l'Empereur, les Grands ducs etc. etc. etc. et de membres actifs dont tous les officiers d'état-major de la garde, j'en suis aussi car je me compte comme officier d'état-major de la garde conscript. La société a pour but de s'instruire et de mettre les officiers d'armée a même de connoitre tout ce qui paroit de nouveau pour ce dernier but on imprime un journal[14] et c'est nous qui en fournissons les matériaux. Si cette société prend bonne tournure comme je l'espère elle nous fera à tous grand bien. Il y a de quoi avoir de l'émulation puisque l'Empereur veut qu'on lui presente les meilleurs mémoires [...] Je suis dans ce moment dans cette bibliotheque. Tout y invite à travailler. Nous autres membres nous pouvons venir quand bon nous semble. Il est 5 heures maintenant. [fol. 37 v.] L'esprit de la société est très bon jusqu'à present. Egalité parfaite. Point de Général, point d'officiers, tout est membre. C'est quelque chose de nouveau ici. Georges est chargé de la partie des cartes dans la bibliothèque. Il est fort content. C'est tout ce que j'ai a Vous dire du service excepté que je suis aux anges d'être près des gardes, le corps d'officiers est tout ce qu'on peut avoir de mieux. Maintenant passons aux sociétés.

Georges vous aura sans doute écrit que nous avons été au bal chez le Lord Cartcart, que de là nous avons été invités chez la comtesse Golowin, chez Bordeau, chez Lapouchine, chez Mme Gerebtzoff, chez Mr de Laval, chez la Princesse Dolgorouki, en un mot que nous avons été de tous les bals, de toutes les fêtes.[15] Chez Cartcart, maison montée d'une manière dont rien n'approche, on voit qu'il vit aux frais de la nation anglaise. Les bals qui s'y donnent tous les mardis sont charmants, sans gène on s'y amuse parfaitement bien. Le [sic] Comtesse Golowin que vous connoissez sans doute de réputation tien une maison qui à mon goût ce qu'il y a de mieux ici. Après y avoir été le Dimanche au bal, elle nous fit inviter deux ou trois fois de venir chez elle nous y allames et nous trouvames la maison charmante. D'abord tout ce qui est ministre étranger y va, par la même la société est aimable, puis la Comtesse et ses deux filles sont aimables autant qu'il est possible de l'être. Le père qui est Grand Echanson est très comme il faut et met chacun à son aise. La conversation n'y est pas terre à terre comme partout, en un mot c'est une maison françoise avec une fortune rsse de 500,000 Rl. par an. Bordeaux que vous avez vu chez la Bobrinsky coat of armsComtesse Bobrinsky a donné un bal fort amusant. La Princesse Lapouchin nous invite pour son bal, mais je vous avouerai que la société ne m'y plut pas je me trouvai déplacé, il n'y avait que des aides de camp de l'Empereur et des Généraux. Ce n'est pas ma société. La jeune Princesse est fort aimable. Je suis content d'y avoir été car mon but est de voir toutes les sociétés. Mme de Geretsoff, femme fort aimable et fort belle, donna un bal charmant, mais trop peu de place. Mme de Laval donna le Phénix des bals pour le magnifique. Il y avait 350 personnes. Le local était de toute beauté entr'autres une salle arrangée  en temple greque vouté par en haut, avec deux fenetres italiennes et décorée de tableaux et d'antiques. C'était de toute beauté. Le bal de Mme de Gerebtsoff a commencé à 11  1/2 et finit à 7 heures du matin. Le bal le plus [fol. 38] comme il faut était pourtant chez la Princesse Dolgorouki. Elle meme a une grace et un abandon inconcevables, elle est à ravir. Malgré tout cela ces bals ne m'ont guères amusés, je suis content de les connoitre. La maison que je garderai de toutes celles que je viens de nommer c'est celle de la Comtesse Golowine. Le 12 il y a bal et probablement grandes recompenses à la con [sic].[16] On dit même avancement à l'état-major. Les jeunes gens que nous frequentons sont Pestel, Novosilzoff, Gagarine, Dellinghausen et tous nous [sic] camarades de l'état-major de la garde. Voila donc ce qui nous regarde. [...]

[fol. 38 v.] Mon séjour à Pétersbourg a déja fait naitre en moi un desir de plus; c'est d'être chambellan lorsque je prendrai mon congé; afin d'avoir entrée à la cour. Je suis alors au niveau de tout ce qu'il y a de plus comme il faut, et je jouis de toutes sortes d'agréments que tant d'autres desirent et n'obtiennent pas.

*Image credits

Painting of the inspection of the Guards: image is used from www.hermitagemuseum.org, courtesy of The State Hermitage Museum, St. Petersburg, Russia
Bobrinsky family coat of arms: image purchased from Cliparto Ltd and used under Standard Royalty Free License


[1] On the majority of the individuals mentioned in this letter, see the introductory essay on this collection of letters by the Meyendorff brothers at Family correspondence in the Russian nobility: letters from Georges and Alexandre Meyendorff to their mother (1815-18): introduction.

[2] Judging by the position it occupies in their correspondence.

[3] We preserve the author’s underlining here and elsewhere in this letter. The journal that Alexandre mentions, The Herald of Sion (Сионский Вестник), was edited in 1806 and again in 1817-18 by A. F. Labzin (1766-1825), who was a writer and translator (he was one of the first translators of Beaumarchais into Russian). This was a popular periodical which discussed religious and mystical questions and which reflected the views of Freemasons (Labzin was himself a prominent Freemason).

[4] Vasilii Zhukovsky (1783-1852), a Russian poet and prominent literary figure.

[5] Alexandre is referring to Zhukovsky’s poem of 1812 «Певец во стане русских воинов» [‘A minstrel in the camp of the Russian warriors’]: see note 10 to the introduction to this set of texts.

[6] Ivan Krylov (1769-1844), a well-known writer of fables.

[7] Alexandre no doubt means подорожная, an order to travel somewhere.

[8] i.e. дьячок, sacristan or sexton.

[9] ‘We were accompanied nearly everywhere and shown the sights by a Lieutenant of our Guards Artillery, Baron M., an intelligent and nice young man. He is on indefinite leave, which he is using to study the sciences in Göttingen.’

[10] i.e. Pavlovsk, the settlement around Pavlovsk Palace, near St Petersburg, which had been built by the Emperor Paul and where an army regiment was stationed.

[12] Baron and later Count Cyprian Antonovich von Kreutz (1777-1850), a Russian military commander of Baltic origin who had fought with distinction in the war against Napoleon.

[14] i.e. Военный журнал [Military Journal], published in 1817-18 by a society of military officers of the Guards headquarters under the supervision of General Sipiagin. The editor of this journal was the officer, prose writer and poet Fedor Glinka (1786-1880).

[15] On the majority of the individuals mentioned by Alexandre in this paragraph see the introduction to this set of letters at Family correspondence in the Russian nobility: letters from Georges and Alexandre Meyendorff to their mother (1815-18): introduction.

[16] It is probable that Alexandre is introducing a borrowing from Russian gambling terminology into his domestic French at this point: the Russian expression «на кону» means ‘at stake’, and that meaning seems apposite here, since he has just suggested that there are great rewards to be had. Presumably (as this is a letter to his mother), Alexandre is not using ‘con’ in any of its more vulgar senses.

 

Author of text: 
Meyendorff, Georges and Alexandre
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Date: 
1815 to 1818
Gender: 
Male

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